je n’aime pas vivre ces moments

Get Well SoonWe Are Safe Inside While They Burn Down

Je n’aime pas vivre ces moments où tout ce que j’aime ne vient plus à moi, comme si j’étais stoppé par un champ de force invisible qui se serait déployé autour de ma fine carcasse désossée, les mots d’abord qui détalent dès qu’on leur dit t‘es pas beau, tu pues, je me souviens de ce reste plein de moisis de ma vie de fils si sérieux comme un pape qu’on en fera un ministre, jamais de la vie je n’aurais pu vivre le col serré en portant un pantalon au pli comme il faut, ces mots décampant à la moindre petite frappe qui tance mes fautes, parce que sous mes airs de ne pas y toucher, de faire comme si ça m’en chatouillait une sans remuer l’autre, je préfère quand même la caresse enjôleuse et amicale au crachat léonin et incognito, il faudrait que je crois un peu plus en l’écrivain qui semble boutonner de cette gangue et tant pis si l’on me dit que j’écris comme on pisse dans un urinal, s’étaler tout en noir ça soulage, comme dirait un vieux peintre Aveyronnais; l’amour ensuite comme une longue agonie des cœurs, qui ne cesse de se nourrir du combat des apparences alors qu’il devrait s’abandonner à la paresse, à la lubricité des fins d’après-midi, lui aussi stoppé par ce long rideau impalpable, par cette quête intransigeante de l’absolue, je n’aime décidément pas vivre ces moments où ce qui devrait me rendre plus vivant est broyé par l’inique, l’offense et le désir violent d’en finir avec moi, alors que ma lèvre inférieure trésaille encore, violette et saignée par un dernier baiser exalté.

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