D’un désert à l’autre glacier

J’écoute Float de Peter Broderick. Presque en larmes. Ce n’est pas lui qui m’essore. Ce n’est pas lui. Sa musique m’étreint doucement. Me cajole sous la lumière crue. Au contraire. Tout se passe bien. Je peux enfin vider le trop plein. Soulager le plexus. Je tousse anormalement depuis quelques jours. Mes poumons dégazent. Filtrant mes angoisses. J’écoute ces petites pièces miraculeuses. D’un désert à l’autre glacier.

The choir will always sing

Depuis quand neige pas écrit quelque chose d’eau potable ? Depuis belle Laurette. I thought you died the last time. Dit la chanson dans son titre. Je me disais en mon fort Knox intérieur que la vie valait sans doute mieux. C’était hier quand j’écoutais Nada Surf. Sur la pelouse de cet ancien cimetière. Il y avait cette fille. Avec cette jolie bouche immense. Des yeux tout aussi immenses. Très agitée. Belle à se damner. Comme toutes à cet âge. J’étais donc présent à ce concert. Vieux et barbu. Du sol montait la nuit gonflée d’humidité. J’enviais les cheveux de Matthew Caws. J’enviais sa voix juvénile. Sa chemise à carreaux. Sa cool américanité. Si j’avais été une fille à la bouche immense, je serais allé lui présenter ma langue. Je n’enviais rien, non. Always love ? Hate will get you everytime. Always love ? Even when you want to fight. Tous les gamins se sont mis à reprendre ça. Alors qu’ils ont laissé filer le reste. Barbu et vieux, j’avais l’air de tout sauf d’une party star. J’ai passé quelques mots à un garçon tordu de solitude. Une connaissance antédiluvienne. Puis je me suis ramassé assez vite.

La nuit je dois avoir une dégaine de quaterback. Ou être aussi cool et chevelu que Matthew Caws. La nuit, je mens sans doute. Car des filles se gluent à moi comme des mouches sur le papier qui les tue. Elles me montrent leur langue. Veulent la mélanger à la mienne. Jusqu’au moment de la chronique Technologie de Jérôme Colombain. Qui me lève. Qui me bouscule et me bascule dans la vie ordinaire. Une vie où la langue des filles restent dans leur palais et où la mienne se noie dans sa salive.

De toute façon sous ma langue il y a toujours une aphte.

Titre optionnel : je surfe sur nada.

Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon. [Jean-Jacques Rousseau]

Tu n’as pas d’amis. Tu as le charisme d’un moule à gaufres. Tu ne sais pas quoi foutre de tes vacances. Ta vie est d’un vide sidéral et sidérant. Tu veux en finir avec ton existence parasitaire. Te pendre sous la lune. Mais sais-tu que tu es encore jeune? Que ton corps beau de loin est toujours plein de sève ? Que tu as les manches de tes vêtements sans goût qui débordent de muscles flasques ? Alors avant de partir, de débarrasser la planète de tes absences, de souffler à jamais sur l’ombre de ton ombre, va donc fouiller le ventre à l’air du canal. Rends toi utile. Deviens le héros très discret de ton ordinaire sans lumière. Arpente le chemin de halage sous ce soleil plein d’aplomb. Donne des couleurs à ce corps malingre de punaise suicidaire en flirtant dangereusement avec les orties. Et glisse doucement jusqu’au lit vide et sec de ce bassin. Tu n’y trouveras pas les draps froissés et salis par de menus mais répétitifs travaux manuels que tu connais trop bien. Mais juste de la vase craquelée par trop de morsures d’Horus. S’il reste un peu de vivacité à tes yeux ravagés par les drames lacrymaux, tu constateras que la gangue essorée est hérissée de bouteilles, constellée de déchets ignobles jetés par tes contemporains douteux. Alors là tu retrouveras un peu d’espoir et d’énergie salvatrice. Tu retireras une à une ces raclures. Tu agiras avec frénésie, presque heureux de l’agilité retrouvée de tes dix doigts morts, presque soulagé par cette nouvelle respiration…